"Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."
C'est en novembre 1915 que Tonton Nestor part faire son bidasse...
Mais attention tous les clébards ne sont pas enquillés... Il faut que l'arpète barbouze ait plus d'un an et moins de huit, il doit mesurer de 45 à 60 cm au garrot. On ne flogne pas l'aloyau des robes claires car il faut les teindre.
Une fois pêché, Tonton Nestor est piloté dans les chenils de l'arrière où on le met au pli fissa. Il y est assoupli en lui serinant à s'asseoir, à se bacher au commandement, à lanterner patiemment le dab' à Petaouch Nok... puis on l'abonne peu à peu aux détonations, à veiller au grain et à pister afin qu'il puisse renifler la bonne trace entre deux petits fanions distants parfois... de plusieurs bornes.
Au bout d'un mois, muni d'un petit bavard portant son numéro de tricule et indiquant ses aptitudes, Tonton Nestor part pour un des chenils de la zone des Grandes Muettes dans les Vosges, dans l'Oise ou sur l'Yser. Sa niche est démontable pour qu'il soit toujours possible de le bazarder sur un autre spot du front.
Là, des dresseurs mobilisés continuent à l'entraîner comme griffeton de gaffe, estafette ou clébard de trait. Pour info, les « sanitaires » employés à la tournaille des blessés constituent une classe indépendante au service des ambulances. Quant à l'ordinaire, il touche chaque jour, 650 grammes de bidoche, 350 grammes de lartille, 100 grammes de féculent, 300 grammes de verdouze et... 15 grammes de sel !?
C'est alors que le crabe-chef le demandera s'il le juge à propos, car la secte des gros turbans n'impose pas l'emploi des cabots clairons mais le nombre des poseurs de chique devient de jour en jour plus restreint car le poilu encaisse bien le clébard dans sa vie de marmelade au front...
