"Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."
Dans les Vosges, le service des patrouillards a toujours été michkine, 'cause des réseaux de tortillards barbelés, plus nombreux là-bas car les coquards de la forêt prêtaient des appuis naturels. La planquouse pour y chouffe y était un vrai travail de romain tant il y avait de gobe-mouches et de fleure-fesses qui zieutaient et bavaient aux Choucroutemann.
Il a donc été enveloppé d'engager Tonton Nestor dans un service de chiens-chandelles et la maison de guet fut aménagé dans une vieille baraque abandonnée. Au borgnon, Tonton Nestor et sa clique étaient conduits en brousse et une équipe composée de quelques canardeurs (qui faisaient les habitants de la Bochonnie) arrivait en rampant... et les chiens devaient faire le proute, à cinquante, cent, même deux cents mètres avec moults groumes et force grubles mais sans aboyer.
Les résultats obtenus étaient de première bourre et le chenil commençait à rendre aidance quand un pathos vint y foutre un ver dans le coeur et prouver, en même temps, combien étaient nécessaires les chiens-chandelles : l'un des dresseurs, un ingénieur, fervent du clebs et rempilé, avait pris un louffiat, qui, ayant suivi des cirques forains, connaissait bien le pansage des bestioles. Le gars faisait l'emballement cependant ses allures semblaient parfois zarbies et d'étranges coïncidences frappèrent bientôt ses dabs. Certaines nuits, il se déguisait en courant d'air sans que l'on pût savoir où il allait et, plusieurs fois, on l'avait gaffer en train d'étaler un lardingue dans une clairière, tantôt à droite, tantôt à gauche de la niche de Tonton Nestor et toute sa clique. Or les crapouillotteurs d'en face semblaient se régler sur ces indications!
Le zigue fut mis sous mireuse et des cognes déguisés en soldats le cravatèrent avant de le mettre sous scellé. Pendant plusieurs jours, il nia... malgré les rousses qui le pressaient de questions et surtout de coups. C'est ici que la bamboula commence puisque les clébards militaires qui se trouvaient là prirent les crosses et rompirent leurs chaînes, lui sautèrent à la gueule et lui déglinguèrent le buffet... la flicaille en a bavé pour l'arracher de ces crocs vengeurs. L'ex louffiat fut gerbé à la passe du baisé de la veuve et le lendemain il se mit à table avec le prêtre qui l'assista : il s'était macaroné pour quelques louis. Il balança aussi que, dans le coin, des jaunes à la pige des casques à pointe avaient pour mission de faire la planque à l'anglaise.
Depuis cette époque, Tonton Nestor et tous les chiens-chandelles ont fait tâche d'huile et voilà comment... Tonton Nestor, matricule 221, qui fut l'un des premiers chiens que l'on dut teindre à cause des taches trop voyantes de sa robe s'afficha d'une façon toute particulière au Bandkopf, en devançant les patrouilles et en se repliant vers elles, en rampant, dès que des ennemis étaient en vue. Non seulement il ne s'est pas contenté de sauver la mise de nos braves mais il nous a valu de rabioter sur les fridolins en en mettant un bon bouquet en villégiature à la Centrale !
Plusieurs milliers ont été sur le front et ont eu l'honneur d'être cités à l'ordre de leur régiment...
C'est ainsi que dans le communiqué officiel du 19 juillet 1916 (3 heures), on peut lire : «Nestor, série F 4, matricule 221, du chenil A, a empêché un coup de main que tentaient les Allemands contre notre tranchée de première ligne. Profitant d'une nuit noire, pendant laquelle le vent soufflait en tempête, l'ennemi avait réussi à s'approcher de nos réseaux de fils de fer, sans être vu, ni entendu par les guetteurs. Le chien Nestor, de la 19e compagnie du régiment d'infanterie, en sentinelle à l'extrémité de la tranchée, a alerté le poste à deux reprises et a permis de recevoir l'ennemi à coups de grenades. La surprise était manquée. Sans le chien, le poste était enlevé.»
A partir de là, si l'on se décolle un peu la pulpe du fond, on aura facilement imprimé quel rôle nos bons poilus à quatre pattes ont été capables de jouer sur la ligne de feu.
