"Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."
Nos braves dans les boyaux n'ont pas seulement à redouter les bastos teutones et les gros-noirs, ni le temps de chien, ni le friscot les arpions plantés dans la berdouille, un autre ennemi les y assaille, méchant comme une teigne et lasdegue comme il se doit. L'invasion est chocnosof puisqu'elle cueuille aussi les tranchées fridolines. N'a-t-on pas vu, en certains endroits du front la pullulation devenir telle que la castagne s'interrompait littéralement pour s'en débarrasser d'abord ?
Dans les tranchailles, dans les canfouines, les poilus poursuivent, sans relâche, la chasse à sa majesté Gaspard. Ils l'estourbent à coup de bâton, le filent à la baille, l'enfument quand c'est possible... De véritables « battues » s'organisent et près de Roye, une compagnie d'infanterie s'étant ainsi mise à la besogne, détruisit dans sa journée 470 de ces rongeurs.
Aussi les poilus les plus dégourdis ont créé, sur le front même, une bonne juteuse : car après les avoir saigné soigneusement, ils en étalent les peaux afin de les faire sécher pour les refourguer comme un bon vieux trolleur et la Mode, étonnante et capricieuse, va chercher ces peaux pour en faire des glovèces, des fourrures, des porte-mornifles, des reliures de bouquin, etc.
Seulement, de la tranchée au bouclard, la peau de rat change de nom...
Mais ce fléau demande des mesures maousses car contre une espèce qui se multiplie si rapidement et dans des proportions si formidables, il est nécessaire d'avoir autre chose que le bâton ou la rosalie, et le plus efficace c'est encore le clébard.
Et à ce jeu là, Tonton Nestor n'était point un de ces grands molosses dont la dégaine file les grelots. C'était un petit, un homelette russel, blanc avec des taches noires : sa couleur trop rococo aussi bien que sa taille au garot excluaient toute idée d'en faire un chien bleu-horizon. Mais Tonton Nestor ne l'entendait pas de cette oreille, il renaclait à cette idée et chaque jour, à travers la barrière qui le séparait de la zone de dressage, il se gargarisait la rétine à mater ses camarades plus favorisés avoir les fumerons comme des clafoutis de cerise à force de faire tutupanpan.
Un jour, n'y tenant plus de faire le chien couchant, il bondit, piqua la cavale et sauta sur la gandoura d'un mecton qui figurait un soldat blessé, lui bahuta son képi et vint tout enflé l'abouler à son daron.
On ne pouvait savater de si belles dispositions, ce cabot avait la bosse. L'éducation de Nestor fut complétée et, quinze jours après, il montait à la rifflette. Nestor assista alors à plusieurs dérouilles et y défendit sa queue à merveille. Car signaler et/ou donner un coup de pogne aux amochés ne sont pas les seules besognes dont se décarre Tonton Nestor : dans les tranchecailles à la Villa des marmites, où les gaspards sont comme des coqs en pâte, on sait quels services il peut rendre : la preuve...

