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  • LITTLE BIG BOSS
    vendredi 23 novembre 2007 12:00, posté par Hicegosum dans: Tonton Nestor

    "Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."

    C'est en novembre 1915 que Tonton Nestor part faire son bidasse...
    Mais attention tous les clébards ne sont pas enquillés... Il faut que l'arpète barbouze ait plus d'un an et moins de huit, il doit mesurer de 45 à 60 cm au garrot. On ne flogne pas l'aloyau des robes claires car il faut les teindre.
    Une fois pêché, Tonton Nestor est piloté dans les chenils de l'arrière où on le met au pli fissa. Il y est assoupli en lui serinant à s'asseoir, à se bacher au commandement, à lanterner patiemment le dab' à Petaouch Nok... puis on l'abonne peu à peu aux détonations, à veiller au grain et à pister afin qu'il puisse renifler la bonne trace entre deux petits fanions distants parfois... de plusieurs bornes.
    Au bout d'un mois, muni d'un petit bavard portant son numéro de tricule et indiquant ses aptitudes, Tonton Nestor part pour un des chenils de la zone des Grandes Muettes dans les Vosges, dans l'Oise ou sur l'Yser. Sa niche est démontable pour qu'il soit toujours possible de le bazarder sur un autre spot du front.
    Là, des dresseurs mobilisés continuent à l'entraîner comme griffeton de gaffe, estafette ou clébard de trait. Pour info, les « sanitaires » employés à la tournaille des blessés constituent une classe indépendante au service des ambulances. Quant à l'ordinaire, il touche chaque jour, 650 grammes de bidoche, 350 grammes de lartille, 100 grammes de féculent, 300 grammes de verdouze et... 15 grammes de sel !?
    C'est alors que le crabe-chef le demandera s'il le juge à propos, car la secte des gros turbans n'impose pas l'emploi des cabots clairons mais le nombre des poseurs de chique devient de jour en jour plus restreint car le poilu encaisse bien le clébard dans sa vie de marmelade au front...

    dimanche 11 novembre 2007 14:00, posté par Hicegosum dans: Tonton Nestor

    "Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."

    Le 11 novembre à 11 plombes du mat', la foigne était arrêtée sur tout le front des Grandes muettes. Un silence ronflant dégringolait après cinquante-trois semaines de casse-pipe. La maraille pouvait enfin voir abouler le rétablissement de la paix sur le pavé, on liquidait la der des ders.

    "Je dois aussi te parler de Nestor qui fait ma joie. Si tu pouvais le voir ! Il faut que tu saches que ce sacré animal a fait ses classes brillamment. Sentinelle et patrouilleur, il l’est naturellement. Tu te souviens comme il entend et flaire tout ! Au premier commandement il cesse d’aboyer et se tient parfaitement silencieux au moindre bruit qu’il entend. Il a appris à reconnaître l’ennemi. Puis à geindre doucement quand il le sent proche. C’est extraordinaire comme tout cela s’est fait vite. On dirait que ce chien a compris l’esprit de la guerre. Voir sans être vu, tuer sans être tué, dit notre lieutenant (…) Notre Nestor sait cela.
    Lorsque l’avancée est sans danger, il agite gaiement la queue et marche à côté des soldats qu’il accompagne. Ils peuvent alors êtres sûrs qu’ils ne sont pas observés et se sentent en paix. D’ailleurs ils l’adorent ! A leurs yeux Nestor est une sorte d’extralucide, un voyant, un être plein de savoirs mystérieux dont nul ne saurait déjouer les perceptions puisque ne lui échappent ni l’invisible, ni le faux silence. Vois-tu ma chérie, une sentinelle et un chien en valent deux. Un patrouilleur avec Nestor se sait en sécurité.
    La confiance des hommes naît dans le silence du chien. Cette sérénité momentanée est précieuse : on ne peut pas toujours trembler pour sa vie. Il faut reposer sa peur. On ne gagne pas une guerre si on ne fait que la craindre."

    [Dans la guerre]

    vendredi 26 octobre 2007 14:00, posté par Hicegosum dans: Tonton Nestor

    "Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."

    Tonton Nestor, à son retour de la grande faucheuse, il avait la cafetière un peu félée...
    Quand il lui arrivait encore d'allumer ses chasses, il pouvait avoir une vision de cauchemar qui interrompait la torpeur de sa sorbonne (enfin ce qu'il en restait). Une rapopele d'une effarante tarderie qui l'épouffait.
    Pourtant les raides cannés, les tranchées, et toutes ces choses, nous autres on sait ce que c'est. Dans les babillards. Mais lui, les souvenirs qui croisaient son antifle, ils se trainaient sur leurs guibolles folles, des fois la tête sous les allonges, et l'odeur... cette prise, ça le hérissait, ça lui mettait le coeur dans les talons.
    Bien sûr, certains diront que c'est les foies qui lui inspiraient ces berlures. Les nazes. Cette réaction de dégoût, cette cagade, ces froncements de truffe qu'il réprimait à grand peine, c'était au radar nasal qu'il les avait, c'était bestial, épidermique : les avoir cotoyé dans la bouscaille pendant quatre ans, vous savez... toutes ces gueules cassées, ça vous trouble la gibelote.
    - "Ni dieu, ni maître" qu'il serinait... "tous péraves, rien que du beefsteack à corbeau !"
    C'était un anarchiste, un vrai, un rebelle, un qui ne faisait jamais comme les autres.
    - "Ni père la Tuile, ni hers, tous les mêmes, et les autres aussi."
    Toujours sur la brèche à bouler l'ordre établi, l’oppression, les contriches. A baver sur la rondelle des poubelles, cavaler sur le ciboulot des poteaux signalétiques, riper les ronflons des murs...

    La révolution jusqu'au bout des babines et jusqu'à sa mort.
    L'anarchie nom d'un chien !

    vendredi 19 octobre 2007 14:00, posté par Hicegosum dans: Tonton Nestor

    "Ad sinistram enim intrantibus non longe ab ostiarii cella canis ingens, catena vinctus, in pariete erat pictus superque quadrata littera scriptum CAVE CANEM. Et collegae quidem mei riserunt."

    Si y a un bien un truc dont je suis fier pire qu'un tuteur, c'est de mon tonton Nestor (son blaze c'est moustache). Il était un peu braque, vrai! mais c'était un héros dont on m'a déballé les aventures depuis tout gosse. Il a fait son sapin dans la cambrousse en 1915. A force de se colleter des bastos de sulfateuses à tout va et de renarder des palpitants qui ne cognaient plus et ben quand il est revenu de la guerre, y pouvait plus arquer.
    Il avait que la jactance qui marchait et encore c'était toujours la même limonade et à force de poireauter près de lui à l'écouter débiter son refrain, c'est devenu comme qui dirait une rengaine à perpète, ça se repasse de paternel en paternel comme un bon toto.
    Florilèges :
    " Je vois bien que le monde continue de bourlinguer sans nous. Bientôt, on ne nous considèrera plus que comme un groupe de caves paumés dans une bédole sans fin et  tous ceuss auront oublié jusqu’à notre mouscaille de vie. On sait même plus pour quoi ou pour qui on se bigorne, mais on le fait quand même. [...] Ca faisait des mois que nous n’avions pas vu une castagne aussi gravos, plein d’allemands nous sont tombés dessus, aussi craspects que nous. On a du se natchave jusqu’à une colline et depuis on la défend. Mes potos calenchent à coté de moi, les uns après les autres, il y a des pralines qui sifflent de partout, des explosions. Quand ça se met en sourdine, on entend plus que des bieurles. [...] Il n’y a plus qu’une chose que je sais faire c’est prendre un guss par le colbac et  le radiner au bercail. Il faut un peu plus que ces lavdus pour abattre un cador comme moi. Les gars me mattent des fois me dresser hors de ma planque, sans me soucier des marmites qui claquent autour de moi, une seule cogite m'agite : le colbac et tirer. Ces jeunots devraient m’aboyer ou au moins prendre exemple. En réalité ils n’ont aucune idée de ce qu’est réellement la castagne, ils se contentent de glapir et de se trisser. Si nous n’avions que des gisquettes de ce gabarit, il y a longtemps que nous serions cannés, je te le dis !"
    Bon, il y va franco le tonton mais vu là où il a mis le blaire... ça à de quoi vous mettre la caboche à l'envers.


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