Bandit le Fox
Ses aventures et quelques conseils pour une vie de chien heureuse |
Pratique ? Alimentaire ?
Par Vincent PFEIFFER - Comportementaliste Ne croyez pas que je me
plais à vous dépeindre votre fidèle compagnon plus bestial qu’il n’est,
mais j’ai à cœur ce sujet, car je pense qu’il cristallise notre rapport
contemporain à nos animaux de compagnie. Aussi, encore une fois, grâce
à quelques interrogations, j’espère pouvoir vous donner matière à
réflexion...
La vie d’un animal est d’abord faite de la quête de
sa pitance et de son besoin de se reproduire. Pas de méprise, n’y
voyons pas là un quelconque manque d’intérêt, nous sommes aussi
programmés pour cela, mais d’une façon à peine plus compliquée.
En captivité, en zoo par exemple, on peut comprendre la déprime et
l’ennui de ces êtres, à qui tout tombe tout cuit, et en plus d’une
façon on ne peut plus répétitive et insipide. Les soigneurs et les
vétérinaires le savent, enrichir le milieu en compliquant au maximum
l’acte de se nourrir peut faire des miracles sur un tigre qui arpente
tristement sa cage de long en large, sur un loup qui tourne
incessamment après sa queue, ou sur un singe qui se balance le regard
vide.
Un ersatz de comportement alimentaire naturel est toujours mieux que
rien pour des êtres qu’on prive de la dure, mais néanmoins légitime,
loi de la nature.
Manger ou être mangé.
En effet, la
loi de la nature et cette mort si facilement présente effraye le genre
humain. Et transposant tout naturellement nos propres phantasmes
d’immortalité sur nos chers chiens et chats (entre autres), nous sommes
en cela très perméables à qui nous promettra tout cela.
Mais encore une fois, avons-nous les moyens
d’interroger nos compagnons ? Je pense sincèrement que nous sommes
aujourd’hui aveugles par complaisance : « Vivre plus vieux en captivité
que libre », à quoi bon, si c’est pour vivre à moitié ? Et c’est bien
là pourtant le fond de commerce et la caution que se donnent les parcs
animaliers.
- « Pour être en bonne santé, mangez des produits les plus frais et les plus sains possibles ». Dit-on aux humains.
- « Pour qu’ils soient en bonne santé, ne leur donnez jamais rien de
frais de toute leur vie, mais une nourriture industrielle standardisée.
» Dit-on à ces mêmes humains pour leurs animaux.
- "Oui mais les croquettes, c’est plus pratique."
- "Certes, mais depuis quand un animal doit-il être pratique ?"
D’ailleurs, si on ne faisait pas croire aux gens qu’avoir un animal
c’est aussi pratique que de verser quelques croquettes chaque jour,
peut-être réfléchiraient-ils un peu plus avant de « craquer » pour le
chiot en vitrine ! La frustration de beaucoup de maîtres dans cet acte
nourricier qui pourrait être d’amour, se traduisant par de petits "à
côtés", souvent mal choisis malheureusement.
Le chat est un carnivore, tout comme le chien
pourtant un peu plus opportuniste. Leur physiologie (système digestif
très court, carburant aux lipides plutôt qu’aux glucides…), leur
physique (dentition, appareil sensoriel…), leur rapport à leur
environnement (prédation, organisation sociale…), tout en fait de
magnifiques mangeurs de viande. Mais maintenant, la viande est tout
sauf politiquement correcte. Et le simple fait de manger quelque chose
qu’ils n’ont pas chassé n’est sûrement pas réellement satisfaisant pour
des carnivores, aussi domestiques et familiers soient-ils.
- Savez-vous que les industriels du pet-food ne
sont pas tenus de noter dans la composition des aliments, leur teneur
en conservateurs (ou autres joyeusetés) si ce n’est pas eux même qui
les ont ajoutés ? Lorsque par exemple, ils achètent une matière
première qui en contient déjà.
- Savez-vous que ce qu’ils appellent "viandes" sont en fait ces fameuses farines animales ?
- Savez-vous que "sous produits animaux" signifie plumes, sang, becs, sabots, viscères, os et compagnie ?
- Savez-vous que le prix au kilo d’une croquette moyenne est plus élevé
qu’un large choix de viandes ou poissons frais pour consommation
humaine ? Alors qu’une croquette ne contient qu’une infime partie de
viande, qui plus est de très mauvaise qualité, carbonisée et traitée.
- Que pensez-vous d’un aliment pour carnivore
qui contient plus de 80% de céréales ? Sachant qu’un chien ne possède
pas les amylases nécessaires pour en tirer quoi que ce soit...
- Que dire à propos de ces mêmes céréales contaminées à des taux de mycotoxines dangereux, et si riches en OGM ?
- N’est-ce pas inquiétant qu’un animal parvienne à être malade, pour
peu qu’il change de marque ou même juste de gamme de croquettes ? Quid
de la variété alimentaire, et de la viabilité d’une espèce réduite à
cela ?
- Pour quelles raisons, sinon un bidouillage
mondialiste permettant de faire ailleurs ce qu’on n’a pas le droit de
faire ici, les industriels du pet-food font fabriquer un aliment via
une dizaine de pays différents ? Pour finalement assembler le tout dans
un pays où il fait bon avoir son siège social et un "made in". Catherine Kousmine en son temps, puis d’autres nutritionnistes, ont
insisté avec bon sens sur l’importance de la valeur biologique de ce
qu’on mange. Ce qui est trop raffiné, trop cuit, trop stérilisé, trop
industrialisé n’a tout simplement que peu d’intérêt, sinon nocif, pour
les organismes. Un aliment stable (trop stable), inerte, est donc mort.
Alors, par quels moyens techniques (cuisson
extrême, stérilisation, anti-fongiques, anti-septiques, conservateurs,
etc.) les pet foodeurs peuvent-ils proposer aux chiens et chats des
croquettes stables à température ambiante et garanties en vitamines des
mois après ouverture ?
Bref, pensez-vous qu’un maçon qui monte un mur à
toute vitesse avec des matériaux de piètre qualité ou pourris d’avance,
vaut un autre qui choisit ses pierres et les assemble lentement mais
sûrement ? C’est pourtant une métaphore valable de la façon dont nos
animaux poussent aujourd’hui.
Baudelaire disait : "la plus grande ruse du diable, est sûrement de nous faire croire qu’il n’existe pas".
Moi je dirais que la plus belle réussite des industriels de la
mal-bouffe animale est de nous faire croire qu’aujourd’hui il n’existe
pas d’alternative à leurs produits (ils ne sont pourtant là que depuis
les années soixante!). Et notre plus grand tort est bien de recevoir
sans méfiance le marketing des industriels de l’animal de compagnie,
alors que nous sommes par ailleurs si conscients que leurs intérêts et
leur discours ne servent presque jamais les nôtres !
Pour séduire l’animal, l’étranger, l’offrande de
nourriture est aussi instinctive que sensée. C’est sûrement par ce
biais, qu’il y a des dizaines de milliers d’années, l’homme séduisit le
chat, et le loup devenu chien. C’est avec humour et cynisme
qu’aujourd’hui je doute qu’avec ce que nous avons à leur proposer, nous
pourrions encore parvenir à ces superbes rapprochements
inter-spécifiques !
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