Après une première journée théorique le 20 mars, la journée du 16 mai a été placée sous le signe de la pratique, grâce à Jean-Marc Landry, formateur en chien de protection, et M. Jouvenceau éleveur à Sarogna qui nous a accueillis dans ses pâtures pour nous montrer le travail et les bases de l’éducation d’un chien de protection. Grande première en Franche-Comté, cette formation a beaucoup plu aux éleveurs présents, une petite dizaine. Elle a aussi suscité l’intérêt des institutions en rapport avec l’agriculture, la forêt et la protection de l’environnement (DRAF, ONCFS…) qui y ont envoyé des représentants.
Le vendredi 16 mai dernier a donc eu lieu à Arinthod la deuxième journée de formation sur le chien de protection organisée par le syndicat ovin en étroite collaboration avec le pôle “grands prédateurs Jura” et la Chambre régionale d’agriculture de Franche-Comté. Cette deuxième journée a commencé par une matinée en salle, au cours de laquelle le formateur, Jean-Marc Landry, nous a précisé les comportements positifs et négatifs à travailler avec un chien de protection. L’après-midi a été consacrée à l’application pratique des apports théoriques de la formation. En effet, les éleveurs ont pu se rendre dans une pâture de Philippe Jouvenceau à Sarogna, où paissaient une centaine de brebis Noir du Velay avec deux patous, dont un mâle récemment acquis par l’éleveur dans l’objectif de reproduire ses chiens. Cet élevage de chiens de protection est à l’initiative du pôle “grands prédateurs du Jura”. L’objectif est à terme de créer une variété de chiens adaptée à l’élevage ovin franc-comtois.
Education adaptée
Pour l’instant, en France, il n’existe en effet que des chiens adaptés aux systèmes ovins du sud de la France, c’est-à-dire avec estive. Le travail en Franche-Comté n’étant pas le même, il faut donc appliquer aux chiots un protocole éducatif adapté à la garde des troupeaux répondant aux caractéristiques de l’élevage ovin dans le Massif jurassien. C’est-à-dire des troupeaux de petite ou moyenne importance et des pâtures fermées. L’essentiel étant que les chiens ne sortent pas de leurs parcs et restent en permanence auprès des moutons.
La présence du groupe dans la pâture a déclenché une vive réaction chez les patous, qui sont venus aboyer et sont restés à une distance d’une dizaine de mètres du groupe. Leur travail étant de protéger le troupeau, les patous ne se sont pas rapprochés davantage mais ont continué à aboyer tant que leur éleveur ne les a pas rassurés. L’éleveur s’est ensuite approché de ses chiens et les a flattés. Jean-Marc Landry a d’ailleurs rappelé « qu’il est essentiel que l’éleveur puisse approcher son chien sans problème, qu’il garde un contact physique, pour éviter les problèmes de chiens trop agressifs, qui deviennent impossibles à manipuler. » M. Jouvenceau est ravi de ses chiens, il en possède trois. Malgré le travail que cela lui demande pour les élever, il affirme que « c’est utile dans le travail », il n’a d’ailleurs plus subi aucune attaque de lynx depuis leur acquisition.
Il faut rappeler ici que la Franche-Comté est un territoire où la pression de prédation est très forte, notamment à cause des lynx, mais aussi des chiens errants. Une étude menée en mars 2007 par des élèves ingénieurs de l’ENITA de Clermont a d’ailleurs montré l’importance de cette prédation dans le massif jurassien. Selon cette étude, la fréquence annuelle des attaques de chien est de 0,41 attaque par éleveur et par an (soit une attaque tous les deux ans et demi) avec un taux de perte de 0.33%. Pour le lynx, ces chiffres sont de 0,45 attaque par éleveur et par an, avec 0,15% de pertes. D’autres prédateurs sauvages ont montré des impacts non négligeables : le renard avec 0,11 attaque par éleveur et par an qui correspondent à 0,03% de pertes, et le corbeau avec 0,27 attaque par éleveur et par an avec 0,07% de pertes.
Formation indispensable
La présence de chien de protection peut dissuader ces prédateurs, et évite également, selon le témoignage des éleveurs, le vol d’agneaux. Néanmoins, les chiens de protection nécessitant un investissement financier et en temps important, cette solution n’est pas à appliquer de manière systématique dans tous les élevages. Pour certains, les patous peuvent être une bonne solution.
C’est dans cette optique que cette formation a été organisée, pour accompagner les éleveurs souhaitant s’informer et s’équiper avec ces chiens. Vu les nombreux problèmes posés par ces chiens dans le sud de la France, il apparaît indispensable de se former pour éduquer au mieux ces chiens. Les éleveurs présents possèdent désormais les bases nécessaires s’ils souhaitent s’équiper de ces chiens et ils pourront profiter des conseils de Jean Marc Landry, après l’acquisition d’un chien chez Monsieur Jouvenceau (M. Landry étant le référent scientifique du pôle “grands prédateurs Jura”), et également durant l’année suivant cette formation.
